Loi-cadre Vandenbroucke: les dermatologues redoutent un effet inverse sur l’accès aux soins (Le Spécialiste)
Une enquête nationale menée auprès de 456 dermatologues de Flandre, de Wallonie et de Bruxelles met en évidence une inquiétude très large face à la loi-cadre proposée dans le secteur des soins de santé.
2026-03-25
Dans un communiqué diffusé jeudi , le secteur avertit que les mesures envisagées risquent de perturber gravement le système de soins et prévient que « les propositions actuelles risquent d’avoir précisément l’effet inverse » de l’ambition affichée de maintenir des soins accessibles et abordables.
Les résultats traduisent, selon les auteurs de l’enquête, une inquiétude « inédite et presque unanime » au sein de la profession. Au total, 98% des répondants déclarent être préoccupés ou très préoccupés par la loi-cadre proposée, tandis que plus de 95% s’attendent à ce que la nouvelle réglementation ait un impact important à très important sur leur pratique quotidienne.
Selon les dermatologues interrogés, le principal danger réside dans une combinaison de facteurs susceptibles de perturber fortement le système. Ils mettent en garde contre l’insoutenabilité financière des pratiques, une possible érosion de la qualité des soins, la perte d’autonomie professionnelle et une diminution inquiétante de l’accessibilité des soins dermatologiques.
Les patients risquent, selon eux, d’en subir les conséquences les plus lourdes. Pas moins de 96% des dermatologues s’attendent à ce que l’accessibilité des soins dermatologiques se détériore, tandis que plus de 90% estiment que les délais d’attente pour les patients augmenteront. Les trois quarts des dermatologues pensent en outre être moins disponibles pour les consultations. Le communiqué rappelle que les soins dermatologiques connaissent déjà aujourd’hui des délais d’attente importants dans différentes régions du pays et juge que la réglementation proposée risque d’accentuer encore cette pression.
L’enquête met aussi en évidence des conséquences structurelles possibles pour le secteur. De nombreux dermatologues craignent que l’impact financier de la réglementation proposée ne limite fortement leurs possibilités d’investissement. La grande majorité s’attend à ce que les investissements dans le personnel, l’équipement ou l’innovation soient mis sous pression, ce qui pourrait constituer un frein important au développement et à la modernisation des soins dermatologiques.
L’inquiétude va plus loin encore. Plus d’un tiers des dermatologues envisagent de réduire leur activité, d’arrêter leur carrière prématurément ou même de travailler partiellement à l’étranger, avec le risque d’une fuite supplémentaire d’expertise hors de Belgique. Dans le même temps, près de 90% des répondants craignent que les jeunes médecins soient moins enclins à s’installer en Belgique en tant que dermatologues, ce qui pourrait accentuer la pression sur la capacité future des soins.
Les résultats montrent en outre qu’une grande partie des dermatologues se sentent mis à l’écart dans l’élaboration de la politique de santé actuelle. Ils indiquent ne pas se sentir du tout impliqués ni entendus dans le développement de la réglementation et se jugent insuffisamment valorisés par la politique actuelle. Or, relèvent-ils, « un dialogue constructif avec les prestataires de soins est pourtant essentiel pour que les réformes dans les soins de santé soient couronnées de succès ».
Le secteur souligne toutefois ne pas rejeter par principe les réformes dans les soins de santé. Au contraire, beaucoup reconnaissent que des adaptations sont nécessaires pour rendre le système pérenne. Ce que les dermatologues demandent avec insistance, c’est que ces réformes soient élaborées en étroite collaboration avec les prestataires de soins et dans le respect de la réalité quotidienne des pratiques médicales.
« Nous partageons l’ambition de maintenir des soins de santé accessibles et abordables. Mais les propositions actuelles risquent d’avoir précisément l’effet inverse. Sans ajustements en profondeur, les patients risquent d’être confrontés à des délais d’attente encore plus longs, à des soins de moindre qualité et à une pression accrue sur la capacité des soins », déclarent en conclusion le Dr Koen Roegies, dermatologue et président de l’Union Professionnelle Belge de Dermatologie et Vénérologie (UPBDV), et le Dr Armando De Palma, dermatologue.
L'ABSyM soutient les dermatologues
L’ABSyM-BVAS annonce dans un communiqué diffusé jeudi soutenir les dermatologues, qui, comme d’autres médecins spécialistes, « se sentent abandonnés et ne se sentent pas écoutés dans l’élaboration de la politique de santé actuelle ». Le syndicat réitère son opposition à la loi-cadre, estimant qu’elle « conduirait le pays vers un désastre médical », alors même que la Belgique « se classe actuellement parmi les mieux côtés en Europe en termes de qualité et d’accessibilité ». L’ABSyM-BVAS appelle à une concertation avec les professionnels de santé « dans la lignée de la réalité du terrain » et indique proposer des alternatives permettant de réaliser des économies sans « mettre en péril la qualité de nos soins de santé », des propositions qui restent « lettre morte ». Le Dr Patrick Emonts, président de l’ABSyM, appelle enfin la majorité politique à « entendre ce cri d’alarme pour sauver ce qu’il y a de plus précieux, la santé de nos patients », à l’approche du vote de la loi-cadre au Parlement.
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